Le Port de Boulogne : sa vie – son histoire. Partie 3 de 3

Par Paul Cojez.

L’ARRIVEE DES ROMAINS

En 58 avant J.C., César était nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine et de la Narbonnaise, c’est-à-dire de l’Italie du Nord et de la France méridionale.

Quinze mille Germains avaient pénétré en Gaule à la demande d’une tribu gauloise en lutte contre une tribu rivale. D’autres tribus gauloises réclamant sa protection, César invitât le chef germain, Arioviste, à venir discuter avec lui de la situation ainsi créée en Gaule mais essuya un refus. Il lui déclara la guerre et livra bataille près de la ville actuelle d’Autun. Il l’emporta et rejeta les Germains et les Helvètes leurs alliés au-delà des frontières de la Gaule et finalement, une fois sur place, décréta qu’il avait conquis la Gaule ce que confirma le Sénat de Rome.

Tous les Gaulois ne partageaient pas cet avis, certaines tribus se révoltèrent et demandèrent l’aide des Belges, tribu germano-celtique qui habitait le Nord de la Gaule (les Ménapiens).

Les Morins et les Ménapiens revendiquaient leur indépendance et restaient donc armés. C’est en l’an 56 av. J.C. que César apparaît en Morinie où ses légions subissent de sérieuses pertes mais finirent par s’imposer car la volonté de César était de conquérir cette partie de la Gaule afin d’envahir l’ile de Bretagne.

On ne connaît pas très bien les raisons qui poussèrent César à vouloir conquérir la Bretagne ; est-ce pour s’approprier les ressources de l’ile, fabuleuses disait-on à l’époque dont l’étain nécessaire à la fabrication du bronze, et le fer ou bien est-ce par calcul politique parce que les Morins et les Bretons entretenaient d’excellentes relations politiques et commerciales ce qui représentait pour lui un réel danger.

Quoiqu’il en soit, en 55 il passa le « Chanel », surprit les Bretons, essuya un demi-échec, n’insista pas et revint en Gaule. L’année suivante il mena une nouvelle expédition qui le conduisit jusqu’à la Tamise, battit les Bretons et se rembarqua pour la Morinie.

Quel était le port d’embarquement de César ? Comme on l’a vu précédemment le port des Morins était Gésoriacum qui se situait au fond de l’embouchure de la Liane dont la mer recouvrait toute la vallée et remontait à haute mer jusqu’au village de Isques.

Jules César qui avait besoin d’une place forte pour protéger ses conquêtes décida de faire de cet endroit un port de guerre pour ses vaisseaux et entreprit son aménagement. C’est de là d’ailleurs qu’en 54 av. JC César avait réuni 800 bateaux pour sa seconde expédition dans l’ile de Bretagne. Il nomma Quintus Pédius gouverneur de la Morinie, qui, originaire de la ville de Bologne en Italie, nomma Bononia la partie de l’agglomération située en dehors de Gésoriacum, ce qui se faisait couramment à l’époque.

Toutefois la conquête réelle de la Grande Bretagne ne fut entreprise que plus tard, à partir de 43 après JC par l’empereur Claude.

La situation géographique de Portus Itius fut longtemps une énigme et d’Etaples à Wissant et même Bruges et Nieuport, toutes les hypothèses furent avancées.

Il ne fait plus de doute aujourd’hui que le port de César, le Portus Itius, était situé dans l’embouchure de la Liane. Il faut lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Jacques Méreau réalisé à l’occasion du 40è anniversaire de l’Association Les Amis du Fort d’Ambleteuse qui lève toute ambigüité. C’est bien de Boulogne dont il s’agit ; l’estuaire de la Liane constituait un véritable aber qui remontait jusqu’à Isques et qui du fait de sa longueur de 8 à 9 kilomètres permettait d’abriter la flotte de César composée de 800 navires, dont 28 vaisseaux de guerre, 31 000 soldats et 4 000 chevaux. Cette armada franchit une première fois le Détroit en 54 avant J.C. au départ d’Ulterior Portus (l’estuaire de la Slack) pour la cavalerie, de Portus Itius pour le reste de la flotte et débarqua près du port de Lymne.

L’année suivante, toute la flotte appareilla de Portus Itius, César ayant retenu la leçon de l’année précédente, sa cavalerie n’ayant pu quitter à temps l’estuaire de la Slack à cause du mauvais temps.

Comme l’explique Jacques Méreau, c’est un convoi de 48 km navires et intervalles compris qui s’étirait sur plusieurs colonnes et il ne pouvait être envisagé qu’une telle armada pût appareiller de Wissant sans qu’une majorité de navires s’échouassent. Il relève également le contre-sens des traductions précédentes du texte de Jules César à l’origine de la polémique sur la localisation de Portus Itius et s’intéresse à l’existence à Ambleteuse d’un camp romain situé au lieu-dit le Marly, copie conforme du castrum de la haute-ville à Boulogne.

Dans le prochain article nous traiterons de l’installation des Romains à Boulogne et de leurs constructions, ville haute, port et phares.

N° 4 UN TRAVAIL DE ROMAINS : Après CESAR, reparti vers d’autres aventures, c’est OCTAVE AUGUSTE qui prit sa succession ; il chargea son gendre AGRIPPA de transformer GESORIACUM et PORTUS ITUS en un port militaire stratégiquement bien placé à la fois pour envahir la Bretagne et la conquérir définitivement, et d’autre part faire face éventuellement à une attaque venant de l’intérieur. Une enceinte fortifiée fut édifiée, probablement commencée par QUINTUS PEDIUS, gouverneur de la Morinie, vers 49 avant notre ère et la cité de BONONIA (ainsi nommée comme nous l’avons vu par ce même QUINTUS PEDIUS originaire de BOLOGNE) fut construite en gradins successifs depuis le CASTRUM situé sur la partie haute de la ville jusqu’au port dans l’estuaire de la Liane et sur lesquels s’élevèrent maisons, bâtiments et casernements, le SAUTOIR qui ne devait pas manquer de caractère avec sa forme d’amphithéâtre descendant jusqu’aux quais de la mer intérieure où arrivaient les navires tant militaires que marchands.

Une rue de BOULOGNE porte d’ailleurs le nom de Rue du SAUTOIR et rejoint la Rue de l’ANCIEN RIVAGE, limite présumée de l’ancien port romain. On peut lire dans la Revue Archéologique en Nord Pas de Calais (2004) que les vestiges d’époque romaine de ce site du SAUTOIR étaient encore visibles vers 1740, d’après l’Abbé LUTO ; qu’à ce moment des pans de murs de soutènement, les « murs sarrazins » jonchaient encore la pente. Des fouilles et travaux récents confirment l’existence de ces aménagements en terrasse. A ce jour il reste encore des témoignages visibles des constructions romaines : quelques blocs de pierre près de la porte de Calais ( au Dernier Sou) provenant de l’enceinte d’origine, des fondations de murs au Château Musée ainsi que divers objets de la vie courante visibles, non sans quelque émotion, au Château Musée également.

On connaît par ailleurs l’emplacement du casernement de la « CLASSIS BRITANNICA » stationnée à BONONIA dans la ville haute, le CASTRUM, dont on a retrouvé les vestiges ces dernières années. Pendant un certain temps, la paix régna, BONONIA s’agrandit et commerça avec ses voisins de l’Ile de BRETAGNE qui lui fournissaient le fer et l’étain. Néanmoins, la soumission de la Grande Bretagne, convoitée entre autres justement pour ses richesses en minerais, restait le but à atteindre par le Sénat romain, le port de la Morinie (PORTUS ITUS) et la garnison stationnée dans le CASTRUM (LA CLASSIS BRITANNICA) en étant les instruments. En l’an 40, CALIGULA s’en vint à BOULOGNE et ordonna la construction d’une tour de grande hauteur au sommet de laquelle devait brûler un feu permanent pour guider les navires vers l’entrée du port. Ce phare se serait situé sur la rive droite en entrant dans le port. Certains historiens parlent de la construction de CALIGULA comme étant la Tour d’ODRE, d’autres laissent à penser que celle-ci aurait été construite plus tardivement sur la rive gauche. Il s’agirait donc de deux ouvrages différents, celui de CALIGULA se serait effondré avant la tour d’ODRE qui, elle, disparut en 1644 sapée par la mer ainsi que par l’habitude qu’avaient les boulonnais d’extraire des pierres de la falaise pour leurs constructions personnelles et également, il faut bien le dire, par le manque d’intérêt que ce monument suscitait à l’époque. On dispose de documents précis sur la Tour d’ODRE qui d’après leurs auteurs était un bâtiment de forme octogonale d’une hauteur de 124 pieds avec un escalier intérieur qui permettait d’accéder au sommet chaque soir pour y allumer un feu et guider ainsi les navires allant et venant de la Morinie à l’ile de BRETAGNE.

Probablement bien entretenue cette tour perdura longtemps, CHARLEMAGNE la faisant réparer en 811 et même pendant l’occupation de BOULOGNE par les Anglais au XVIème siècle la tour fut entourée de deux enceintes à la façon d’un fort qui leur servit de base d’artillerie. Une rue de BOULOGNE sur la falaise porte le nom de Rue de la Tour d’ODRE. A CALIGULA succéda l’Empereur CLAUDE qui embarqua à GESORIACUM en l’an 43 pour une campagne militaire dans l’île de BRITANNIA et soumis ce pays au pouvoir romain à la suite de quoi le Sénat, en récompense, lui attribua le surnom de BRITANNICUS.

Sous son règne, la flotte de guerre stationnée à BONONIA et ses équipages, la CLASSIS BRITANNICA, assuraient la sécurité dans les eaux bordant la Morinie et l’île de BRITANNIA, contribuant au développement des échanges commerciaux entre les deux régions. Le réseau routier fut également développé, notamment une voie romaine reliant Marseille à Boulogne passant par Amiens fut créée. A noter toutefois qu’il faut attribuer aux Gaulois le mérite d’avoir, avant l’arrivée de CESAR dans les GAULES, construit un solide réseau routier que les Romains ne firent qu’entretenir et normaliser. On sait en effet que les voies romaines reposaient sur des fascines de bois et que l’empattement (écartement des roues) des chariots était le même dans tout l’Empire romain parce que ceux-ci creusaient de profondes ornières d’usure dans la pierre de revêtement et que ces ornières auraient rendu rapidement les routes impraticables si elles avaient eu des écartements différents.

Puis, sous la poussée des hordes de Francs et de Germains, l’Empire romain commença à chanceler ; les empereurs Constance, Julien l’Apostat, Théodose entre autres réussirent tant bien que mal à repousser les envahisseurs mais leurs successeurs n’obtinrent pas le même succès et l’Empire romain d’Occident se désagrégea. Après 411, ROME renonce à défendre la Bretagne envahie par les Saxons et par voie de conséquence, BONONIA perd son importance stratégique. Au lendemain de la victoire de CLOVIS en 486, la Morinie tombait sous le joug des Francs.

Ainsi se termine une brève histoire du port de GESORIACUM sous l’occupation romaine à laquelle nous sommes attachés puisque nos bateaux naviguent aujourd’hui dans les mêmes eaux que nos illustres prédécesseurs. Quoiqu’ éloigné de ROME et du bassin méditerranéen, berceau de notre civilisation, il est émouvant de constater que, par une période de son passé qui dura tout de même plusieurs siècles, notre ville et son port de par sa situation éminemment stratégique face à l’Angleterre, se trouvent directement reliés à l’histoire de l’Empire romain, de ses conquêtes, de la pax romana et de son œuvre civilisatrice auprès des peuples soumis ainsi que de sa glorieuse destinée.

Puisque tous les chemins mènent à ROME, si vos pas vous conduisent dans la Ville Eternelle, n’oubliez pas d’arpenter à deux pas du Colisée, l’ancien forum et le Sénat qui le jouxte, tout en méditant sur la destinée des peuples puisque pendant toute une époque, les ordres qui décideront de l’histoire de BONONIA, venaient de cet endroit précis.

De retour à BOULOGNE, soyez attentifs, en vous promenant sur la falaise par un petit matin brumeux, car il n’y aurait rien d’exceptionnel à ce que vous croisiez le fantôme de Jules César quittant sa flotte de PORTUS ITIUS pour se rendre à cheval vers sa flotte d’ULTERIOR PORTUS située à AMBLITOLIUM (Ambleteuse) en empruntant justement la rue d’Ambleteuse. Rien de plus logique ! Paul COJEZ

Bibliographie : Archéologie en Nord-Pas de calais (2004)- la fausse énigme de portus itius par Jacques Méreau-Boulogne sur mer à travers les âges de André Verley.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s