De Boulogne Sur Mer vers les Caraïbes

RAPA vers les îles.

Par Joël Pentier

Bonjour à tous, c’est à la demande de notre dévoué Président Paul que je retracerai les péripéties de ce quatrième voyage vers les Caraïbes avec mon fidèle voilier RAPA, vieux MELODY Jeanneau de 33 ans d’âge mais qui est d’une vaillance redoutable.

Malgré qu’il connaisse la route maintenant, mon bateau n’est pas à l’abri des mauvaises surprises et nous en avons connu quelques-unes ces derniers temps… Mais commençons par le début, non sans vous avoir dit quand même que je me trouve actuellement à Las Palmas de Gran Canaria jusqu’au 11 novembre, car ma femme vient me rejoindre et nous allons passer un mois ici (soleil garanti, température 27°)

C’est le 02 septembre que j’appareille de Boulogne avec un vent d’ouest 2 à 3 mais venant WSW 4 à 5. Evidemment, il ne pouvait pas en être autrement ! Et en plus, il fait froid. Je ne peux pas faire mieux en cap que Dieppe où je m’arrête. Autant commencer petit pour l’amarinage. Le lendemain départ pour Cherbourg et de là, j’enfile le Raz Blanchard en m’arrêtant 6 heures à Guernesey dans l’anse de Cornet Castle à côté du port sur un corps mort afin d’attendre la renverse. Je continue donc pour l’Aber Wrach mais en arrivant à la bouée Lizen Ven ouest, le vent et le courant étant favorables, je décide d’enfiler le chenal du Four entre Ouessant et la côte dans la foulée. Je rentre dans la mer d’Iroise et me dirige en passant le cap de la Chèvre, vers un endroit dont je ne me lasse pas : Morgat. Nous sommes alors le 7 septembre. Là, j’attendrai une fenêtre météo convenable pour passer le golfe de Gascogne. En débarquant, les gens me regardaient d’un drôle d’air. J’ai vite compris pourquoi : assez fatigué, j’avais enfilé mon short à l’envers, je veux dire les coutures vers l’extérieur avec les poches qui flottaient dans le vent…

Le 11 septembre, il semble qu’une dorsale anticyclonique s’apprête à envahir le golfe de Gascogne, donc je franchis le raz de Sein vers 14h00. Des bandes de dauphins me tiennent compagnie en exécutant des tas de cabrioles spectaculaires. L’un d’entre eux a son aileron coupé ; il a dû flirter d’un peu trop près avec une hélice.Le 12, voilà des grains qui commencent à défiler et le ciel n’est pas très engageant. Le temps verdit et la houle se développe. Dans les coups de gîte, le génois et la GV, malgré la pression du vent, décrochent et repartent en claquant comme un coup de canon et en ébranlant le gréement. Le problème c’est que le génois ainsi vient caresser d’un peu trop près à mon goût, la barre de flèche. Finalement, c’est une petite dépression doublée d’un front froid qui séviront, en guise d’anticyclone.

Je ne m’arrête pas à la Corogne car avec les vents qui règnent dans ce coin, on a souvent du mal à en repartir. Je m’arrête donc juste avant le cap Finistère dans un petit port que j’aime beaucoup, au fond d’une superbe petite ria qui s’appelleCAMARINAS.

Camarinas en Galice.

En plus il y a ici une tradition très ancienne de la dentelle à la main.

A partir de là, ça ne va plus avancer très vite car la météo perd complètement les pédales avec ce cyclone perdu au sud des Canaries. Tout est détraqué et personne n’est capable de dire le temps qu’il va faire. Le 16 septembre je pars pour PORTOSIN petit port du genre marina de luxe dans la ria de MUROS non pas parce que j’ai des goûts de luxe mais parce que c’est le port le plus proche de Saint Jacques de COMPOSTELLE.

La cathédrale.

J’ai envie de voir ce site non pas parce que j’ai des pulsions religieuses mais ça m’intrigue de voir ce qui attire tant de gens du monde entier depuis des siècles. C’est par le bus que je me rends sur ce site et il faut dire que la cathédrale est assez impressionnante surtout à l’intérieur avec les deux buffets d’orgues qui encadrent le maître autel impressionnant de dorures, d’argent et autres richesses. Trônant au sommet de cet autel, le saint Jacques d’une taille géante et que les fidèles viennent toucher en défilant de manière ininterrompue dans un petit passage derrière la statue semble bien détaché, mais on ressent une curieuse impression.

Bon, revenons à PORTOSIN d’où j’appareille pour un coin que j’adore : BAIONNA. C’est là qu’habitaient les capitaines de Christophe Colomb, ceux qui en réalité avaient eu connaissance de récits de baleiniers qui avaient côtoyé les côtes du Nouveau Monde. Ils avaient communiqué à Colomb leur conviction de l’existence de ce nouveau continent je veux parler des frères PINZON dont les descendants sont toujours à BAIONNA.

Une plage

Il règne dans cette ville une ambiance étonnante et les odeurs d’eucalyptus qui descendent des collines surtout le matin et le soir sont enivrantes. On peut voir le puits où les caravelles de Colomb ont embarqué l’eau d’un de leurs voyages.

Le puits

Le_puits_ou_Colomb_a_fait_aiguade

Les remparts

Baionna_les_remparts

J’aimerais vous détailler des tas de choses, mais ça ferait un récit trop long.

Escale suivante aussi avec des tas de choses intéressantes : LEIXOES, le port de PORTO. C’est une marina assez vétuste mais pas chère. Evidemment c’est facile de gagner PORTO, ville au passé riche avec des tas de monuments et le fameux pont métallique construit par EIFFEL sur le Douro.

Le pont

Porto_le_pont_de_Eiffel

L’impression d’une ville qui a été très prospère et dont beaucoup d’immeubles anciens au style inimitable sont désormais occupés par des gens très modestes pour ne pas dire très pauvres. Mais l’intérêt majeur de cet endroit c’est le fameux vin de Porto dont il existe des tas de variétés. Qu’on aime le tawny ou le rubis, on est sûr de se délecter avec ce breuvage…

Mais la navigation n’avance pas et comme je suis parti tard en saison, je ne sais pas quand je vais arriver aux Canaries où ma femme doit me retrouver. Il faut encore faire des petits trajets car le cyclone est toujours en divagation. Direction donc NAZARE qui est l’un des rares ports du Portugal dont l’entrée est sûre par tous temps.

Le port

Nazare_le_port

C’est parce que les très grandes profondeurs de l’Atlantique viennent pratiquement jusqu’à l’entrée du port. Le site est superbe quand on arrive avec cette falaise aux couleurs d’ocres de diverses nuances en haut de laquelle trône cette partie de la ville nommée O SITIO et desservie par un funiculaire. Ici, il existe des traditions très vivaces. Les femmes déambulent en costume traditionnel et l’immense plage est partiellement envahie par des claies de séchage du poisson.

Séchage du poisson sur la plage

Nazare_sechage_du_poisson_sur_la_plage

Au port de plaisance, j’ai le plaisir de retrouver le Captain qui passe sa retraite de capitaine anglais au long cours en faisant fonction de maître de port. Sa femme assure le travail administratif. Lui arpente les pontons, donnant des ordres aux bateaux qui arrivent pour leur amarrage notamment. Malheureusement maintenant il marche avec une canne et un tremblement dans sa parole rend difficile la compréhension de ce qu’il dit d’autant qu’il a gardé un accent de LIVERPOOL prononcé. Le couple vit à bord d’une réplique du SPRAY de Joshua SLOCUM. Ce bateau s’appelle d’ailleurs « piloto de la Pinta » Ceux qui ont lu Slocum, comprendront pourquoi. En effet il raconte qu’une nuit, alors qu’il était malade et qu’il ne pouvait plus bouger, dans la tempête, il a vu le pilote de la PINTA, l’un des navires de Colomb, tenir la barre de son bateau.

A NAZARE, je fais la connaissance d’un jeune couple de Français qui vivent en Norvège depuis 5 ans, qui ont un OVNI 35 et qui ont pris une année sabbatique. Ils sont très sympathiques.

J’appareille pour Cascaïs

Le phare de Cascäis

cascais_le_phare

Cascais0

qui est à l’entrée du TAGE tout près de Lisbonne et il y a beaucoup de houle. La houle peut mettre un bateau en difficulté le long des côtes du Portugal car à l’approche des côtes, elle s’amplifie et beaucoup d’entrées de ports sont à l’embouchure de fleuves avec des barres parfois très dangereuses à franchir. C’est très facile avec le train de se rendre à LISBONNE, capitale très intéressante avec des monuments à foison. L’histoire de cette ville est passionnante. Elle a été pétrie par le monde maritime et la tour de BELEM n’en est qu’un exemple fascinant.

J’attends une fenêtre météo pour partir sur Madère mais le cyclone fait toujours des siennes… Finalement je décide de partir le 30 septembre à 8h45. Le vent est du Nord 3à 5, installe en force et en direction, mais la vitesse est bonne. Mais la nuit, ça forcit et la grande houle venue d’une zone de mauvais temps vient perturber encore la portance des voiles et du génois qui revient flirter avec la barre de flèche. Je tente de tangonner et cette fois ça a l’air de mieux aller mais cela sera de courte durée. Il faudra que j’empanne deux fois cette nuit. Au petit matin, n’ayant pas pu dormir du tout, je suis fourbu… La journée du lundi continue dans la même veine avec des réglages incessants mais fort heureusement, la nuit m’a permis de dormir un peu, et à 6h45, le cargo Grande Argentina qui approche, m’appelle à la VHF. L’officier de quart a un fort accent sud américain et il aime les voiliers. Conversation très sympathique pendant un quart d’heure environ. J’ai beau être habitué à la navigation solitaire, ça met en forme pour la journée de parler un peu. La journée voit un défilé de nuages grains alternant avec des éclaircies. On voit des arcs en ciel dans les nuages.

La nuit, le sillage de RAPA est fabuleusement beau, il y a plein de boules phosphorescentes qui donnent l’effet d’un long serpent qui suit le bateau. Le mercredi, à nouveau un cargo qui m’appelle pour me dire de ne pas manœuvrer pour l’éviter, il se charge de le faire. Auparavant, les contacts de ce genre étaient très rares mais maintenant, je suis équipé d’un transpondeur AIS et les autres bateaux peuvent voir mon cap, ma vitesse et le nom et inversement je peux aussi les voir. Une alarme sonne quand il y a risque de collision. Les dauphins me rendent visite et ils m’amènent enfin un peu de beau temps. Je suis content de me mettre torse nu mais ma joie est de courte durée. En effet je m’aperçois que le nerf de chute du génois est sorti de son gousset et se ballade. Pour l’instant il ne risque pas de se prendre dans la barre de flèche, le génois étant tangonné. A l’examen, il s’avère que les coutures dans cette zone, sont sautées et le tissu anti UV un peu déchiré. Dans ces conditions, je ne peux m’arrêter à Porto Santo, petite île voisine de Madère comme je l’avais prévu car il n’y a pas de voilier. J’en suis tout retourné car cette petite île ne manque pas de charmes. Ilha Dourada comme l’appellent les Portugais (île dorée) car, contrairement à Madère qui n’a pas de plages, elle en possède une particulièrement longue de beau sable blond. La visite s’avère très intéressante et on peut déguster le BOLLO DE CACO. C’est le pain traditionnel d’ici, pétri avec de la farine de patate douce en forme de galette épaisse. On vous le sert chaud fendu en deux, fourré avec un beurre fondu à l’ail… C’est moelleux et divinement bon. On vous l’amène au début du repas, c’est tellement bon que vous avez tout mangé avant qu’on vous amène le premier plat. Ben donc cette fois on fera ceinture. Jeudi, vers 14h30, j’entre dans le port de Funchal la très jolie capitale de Madère.

Arrivée sur Funchal

Arrivee_sur_Funchal_a_Madere

Là, on sent qu’on arrive dans un autre climat et l’ambiance qui règne ici mérite vraiment d’être vécue.

Madere_les_fleurs

Je trouve un voilier qui me répare vraiment sérieusement le génois, donc mon petit séjour ici va être plus détendu. Seulement il sera court car la date de l’arrivée de ma femme à Las Palmas de Gran Canaria approche ! Juste le temps de faire quelques provisions de cet excellent vin de Madère si injustement méconnu. J’aurais bien fait quelques randonnées comme lors de mes précédents séjours, cette île dans ce domaine est un petit paradis. Dotée d’un relief vertigineux, d’une végétation verdoyante et luxuriante, on suit généralement ces petits canaux d’irrigation appelés LLEVADAS accrochés à flanc de montagne et qui desservent toutes ces terrasses de cultures de fruits ou maraîchères que les hommes ont patiemment façonnées au cours des temps.

Me voilà donc reparti pour LAS PALMAS, le 8 octobre. Je longe les ilhas Desertas tout en longueur à quelques milles de Madère et mets le cap sur les ilhas Selvagens sur la route de Las Palmas à un peu plus que mi-distance. Le débarquement dans cet archipel qui comporte deux îles (la grande et la petite) et quelques îlots est interdit si on n’a pas l’autorisation. Deux gardiens séjournent dans chacune et sont régulièrement relevés. Le mouillage y est scabreux.

Enfin une traversée très agréable comme je les aime : très beau temps, vent variant de la force 3 à la force 5 mais stable en direction, une mer d’un bleu qui fait ce bleu de notre planète vue d’en haut, enfin les conditions dont on rêve tous. Le mercredi 10 octobre à 18h30, je mouille à côté de la marina de Las Palmas, bien content car je vais quand même pouvoir me reposer.

Voilà, c’est un premier épisode, la suite viendra au fur et à mesure du déroulement du voyage. Si certains d’entre vous avaient des questions, des remarques, n’hésitez pas, j’essaierai de répondre. joelpentier@hotmail.com

RAPA vers les îles, 2ème partie

Je vous avais laissés à mon arrivée à Las Palmas aux Canaries. Même si elle a quelques charmes, on ne peut pas dire que l’île de Gran Canaria soit très attractive. Sa grande voisine Ténérife est beaucoup plus agréable à divers points de vue. La capitale de Ténérife, Santa Cruz est une très belle ville avec une ambiance très agréable. Le soir, les habitants sortent en tenue de soirée et arpentent les rues pour prendre le frais et se rencontrer. Le sud comme pour Gran Canaria est bétonné pour les touristes mais l’intérieur et le nord sont des joyaux pour les amateurs de randonnées nature. De plus, un réseau de bus dessert même les zones les plus reculées et cela facilite énormément les choses. Le sommet le plus élevé de toute l’Espagne se trouve sur Ténérife, c’est un volcan le Teide et il offre hormis un téléphérique, des sentiers fabuleux dans un univers minéral étonnant. Se balader dans les Roques de Garcia, au pied du Doigt de Dieu, dans les champs d’obsidienne qui luisent au soleil, ou monter à la Guajara ou au Sombrero, réservent des plaisirs fabuleux. Pas autant de trésors donc à Gran Canaria mais quand même quelques coins à parcourir comme du côté de Teror ou de Cruz de Tereja.

Teror Gran Canaria

atterrissage_sur_Sal

Une plage de Las Palmas

UNE_PLAGE_DE_LAS_PALMAS

Pourquoi avoir choisi de séjourner à Las Palmas de Gran Canaria alors ? Tout simplement parce que c’est l’endroit où on peut trouver tout ce qu’il faut pour réparer ou pour compléter son matériel de bateau. Même si les prix ne sont plus ce qu’ils étaient, on a encore l’avantage d’un tarif ponton quand on peut avoir une place, vraiment pas cher (moins de 5 euros, je dis bien 5 euros par jour pour un bateau de la taille du mien). Si on ne trouve pas de place, on peut mouiller pour un tarif dérisoire à côté de la marina dans un endroit très abrité et on bénéficie des douches, du ponton pour annexes, de l’eau etc… Avec ma femme qui m’a rejoint, nous retournons dans des endroits qui nous avaient plu, en particulièrement le petit port de Mogan dans le sud avec son village haut perché si pittoresque. Le temps passe vite et le moment pour elle (le 9 novembre)comme pour moi de partir arrive. Avitaillement rondement mené avec les supermarchés parfaitement achalandés, le 13 novembre, après les adieux inévitables à quelques amis navigateurs,me voici en route pour les îles du Cap Vert. Cette fois, je contourne Gran Canaria par l’est et je m’en porte bien. Dans la soirée, alors que je désespérais de le voir avec les nombreux nuages, le Teide de l’île de Ténérife se découvre et apparaît dans toute sa splendeur. La nuit, le vent jusque là soutenu, mollit et avec la houle, c’est le bastringue : pauvres voiles ! Et comble de misère, la pluie s’installe avec des brises folles. Première nuit, tangonne, détangonne, retangonne, le vent vient, s’en va, passe d’une amure à l’autre… tu dormiras mieux demain Joël !

Poisson volant

poisson_volant

23° 28’ le passage du tropique

le_passage_du_tropique

Le lendemain, le vent est plus stable et je peux envoyer le spi. Les jours suivants, la brise ne s’énerve pas mais reste instable en direction. Elle vient même sud ouest, ce qui n’arrive par ici que quand j’y suis ! A ce régime, ce n’est pas plus de 100 milles par jour que Rapa abat. Il va falloir s’énerver un peu. Les journées passent, occupées par diverses tâches, réglage des voiles, cuisine, nettoyage, vacations radio etc… Le 16, c’est le passage du Tropique, ciel gris, pluie mais 24° tout de même. On arrive dans le pays des poissons volants. Le soir, un dauphin d’une espèce que je n’ai pas encore vue, me fait un bout de conduite. Il a le ventre irisé de vert et de rose. Il m’a réveillé alors que j’étais affalé dans le cockpit sur le sac à spi, en sautant et en se laissant retomber en placard. La nuit, de grandes plaques fluorescentes s’allument dans l’eau. On a l’impression que des lampes s’allument en profondeur. Ce sont des bancs d’organismes qui émettent cette lumière en cas de stress et l’arrivée du bateau en est un. En tous cas, c’est magnifique.

On est loin de la Manche

on_est_loing_de_la_manche

Atterrissage sur Sal

atterrissage_sur_Sal

Les jours s’enchaînent avec leur lot de conditions diverses mais de manière générale, je ne retrouve pas les conditions habituelles avec du vent portant la plupart du temps. De plus, une chose m’intrigue au plus haut point : alors que je devrais rencontrer une zone pleine de vie du fait de la remontée d’un courant froid de fond vers la surface qui fait remonter des tas de nutriments, ce qui attire des tas d’organismes et donc les prédateurs comme les oiseaux, les baleines, les dauphins, les grands poissons, eh bien je ne vois rien cette fois qui ressemble à cela. Le courant s’est-il ralenti ou s’esr-il carrément arrêté ? Le moteur des courants, c’est la glace des pôles et la chaleur des zones équatoriales. Je n’ose imaginer ce qui se produirait si le Gulf Stream qui réchauffe nos côtes s’arrêtait… N’oublions pas que nous sommes à la même latitude que le Canada. Bon, revenons à notre navigation qui finalement aura duré une semaine puisque je touche Palmeira sur l’île de Sal ( archipel du Cap Vert) le 20 novembre. Cela se sera passé sans gros problème et je retrouve avec beaucoup de plaisir quelques amis que j’ai eu l’occasion de me faire lors de mes précédents séjours ici. Il y a en particulier Luis qui travaille du matin au soir avec les pêcheurs. Je lui parle de la zone qui m’intrigue et il me dit que cette année, c’est la catastrophe pour eux car ils ne pêchent plus grand chose. Alors que lors de mes précédents voyages, je voyais les barques locales (petites) rentrer avec chacune un ou deux thons de 80kg, cette fois ils n’ont que de la godaille. Je me suis toujours demandé comment ils faisaient pour attraper ces poissons sans chavirer et pour les remonter à bord.

Palmeira, les femmes attendent le poisson

Palmeira

Brouette et bidons pour chercher l’eau ici

Brouette

Sal est une île extrêmement aride et les gens sont très pauvres mais toutefois heureux. Ils sont d’une gentillesse remarquable. Mon ami Luis tente de cultiver un petit coin mais le problème, c’est l’eau. La dernière fois que j’étais passé, en 2009, il n’avait pas plu depuis 12 ans ! Je ne puis rester ici, car je dois être en Martinique très tôt, ma femme m’ayant annoncé qu’elle avait un billet pour le 12 décembre. Je n’arriverai jamais à temps. Habituellement, elle attend que je sois arrivé pour prendre son billet. Alors, je vais devoir escamoter cette partie du voyage et me passer d’une escale à Sao Nicolau qui est ma préférée. Cette île a un aspect extérieur aride, mais à l’intérieur, c’est un petit joyau. Elle est verdoyante et on y fait des randonnées extraordinairement intéressantes dont une assez longue nous emmène dans des zones très reculées. Et on traverse un village qui n’est desservi par aucune route. Les gens se déplacent à pied avec des mules sur des distances considérables. Les enfants vont à l’école dans les mêmes conditions.

Les enfants du village isolé font la lessive pour tout le monde ;

Les_enfants

Ces chemins ont été pavés de petites pierres à l’époque portugaise

Ces_chemins

Cette fois donc je me rends directement à Mindelo, dans l’île de Sao Vicente, en partant de Sal sans m’attarder le 22 novembre. C’est une courte navigation de presque 24 heures avec un vent fort de travers. Des petits pétrels noirs avec leur vol de chauve-souris viennent effleurer les vagues en tapotant avec leurs pattes sur l’eau. Cela fait envoler des bandes de bébés poissons volants qu’il n’y a plus qu’à gober au vol… Peu avant la tombée du jour, une grande bande de dauphins vient cabrioler un bon moment. Au petit matin, j’entre dans le port de Mindelo et vais mouiller à côté de la récente marina. Le temps d’avitailler en gas oil et en eau achetés à la marina et en victuailles à un récent petit supermarché, me voilà prêt à traverser. Pas le temps d’apprécier la musique fabuleuse interprétée à la terrasse des cafés par des artistes locaux extrêmement doués. Cette musique a pour racines des origines africaines mais aussi du mélancolique fado portugais. Ces îles du Cap Vert sont vraiment fascinantes et malgré leur évolution rapide vers l’occidentalisation, elles exercent toujours sur le visiteur le même magnétisme. Je regrette de ne pouvoir me rendre sur l’île voisine de San Antao la plus verdoyante. La vallée de Paul y est d’une beauté saisissante et les gens d’une amabilité record. On rencontre souvent des mamies fumant la pipe qui sont toujours prêtes à vous expliquer les choses. Je serais bien retourné aussi près de Mindelo à la Bahia de las gatas où on voit les pêcheurs rentrant le soir avec leurs barques aux voiles colorées. Mais ce sera pour une prochaine fois…

Musique à la terrasse d’un café à Mindelo

Musique

Vallée de Paul sur San Antao

Vallee

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La_luxuriante

Mindelot_centre

Mindelo_mer

C’est le 27 novembre que je quitte Mindelo, et le canal entre Sao Vicente et San Antao se montre égal à lui-même : la mer est blanche avec les effets venturi entre les 2 îles. Mais, cela ne dure que quelques heures pour gagner une mer plus formée et régulière. La nuit se passe correctement et le lendemain, super beau temps mais quasiment pas de vent. Je lance le spi mais voilà que malencontreusement, l’écoute m’échappe et tombe à l’eau. Evidemment, elle se retrouve dans l’hélice qui tournait par le peu de vitesse et je n’ai que le temps de saisir l’extrémité frappée au spi et de toàurner cela sur un taquet. Le cordage s’est tourné en coques multiples et les remous générés par ce paquet que je ne peux remonter ralentissent pas mal Rapa. Je ne peux me mettre à l’eau car la houle est trop importante, je serais assommé par la coque. Attendons que les conditions se calment. Le lendemain, le temps verdit et le vent arrive avec des grains qui me rendent la vie dure. Le scénario est toujours le même : un gros nuage noir arrive, le vent s’arrête un moment, puis rentre brutalement ; puis, c’est la saute de vent à 90° qui oblige à empanner ou qui prend le génois tangonné à contre. Manoeuvres incessantes jour et nuit sous des trombes d’eau de pluie. Ces conditions, loin de l’idée qu’on se fait de l’alizé, vont durer et les houles croisées dues au vent qui passe incessamment du nord-est au sud-est rendent la vie bien inconfortable. Le 6 décembre St Nicolas pense à moi, car enfin un peu de répit.

Passager clandestin

passager clandestin

Thazar trop gourmand

thazard

Après ce répit, le vent reprendra avec à nouveau des grains et des manoeuvres incessantes. Je suis crevé et heureusement que je mange bien, car au niveau sommeil, c’est dur, très dur. La pêche que finalement je repratique un peu, est bonne et les poissons pas très gros, ce qui m’évite le gâchis. C’est la première fois sur les quatre traversées aller que je rencontre autant de grains. Finalement, j’arrive à Ste Anne en Martinique le 13 décembre peu avant minuit, après 16 jours et 10h de traversée fourbu mais content. Ma femme est arrivée hier et ne m’attendra pas trop longtemps. Maintenant, vive le farniente au chaud et au soleil, vive les ti bains, les ti punchs, etc… etc… Bientôt je vous raconterai la suite.

Une réponse à “De Boulogne Sur Mer vers les Caraïbes

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